dernière mise à jour : 17-Sep-2004
 

 

Comme souvent lorsque ce sujet est évoqué, c’est autour de la domination de la femme par l’homme puis, de son émancipation, que les discussions se sont structurées. Celles et ceux qui ont quelque connaissance de la condition de la femme dans l’espace euro-méditerranéen ne s’en étonneront pas. Offrir au public l’opportunité de réfléchir aux origines et aux fondements de ces injustices et, dans le même temps, ‘’provoquer l’attention au présent‘’ afin de montrer comment certaines d’entre elles disparaissent alors que d’autres se reproduisent, s’inscrit donc pleinement dans la mission du MCEM.

C’est probablement ce à quoi Martine Ségalen songeait lorsqu’elle proposait de montrer comment la domination s’est construite puis, comment elle a été déconstruite par l’action des femmes. Pour représenter cela, les intervenants ont fait des propositions qu’il est possible de répartir en deux principaux groupes.
Il s’agit tout d’abord de faire découvrir les espaces de sociabilité spécifiques aux femmes et aux hommes : montrer les différents gestes et lieux réservés à chacun (postures, rapports aux outils, arts ménagers…), expliquer comment se ‘’fabriquent’’ l’homme et la femme (avec le corps, l’apparence, les jeux et les jouets), raconter la place des hommes et des femmes dans les espaces cérémoniels, exposer les différents aspects de l’alliance (choix du conjoint, rituels, aspects juridiques).
Le comité scientifique souhaite d’autre part compléter cette approche sociale par le biais du religieux : représenter les catégories du pur et de l’impur qui ont été exploitées pour justifier certaines formes de domination. On notera que cette approche s’inscrit en plein dans la pédagogie de tolérance que Michel Colardelle évoquait lorsqu’il parlait, dans le thème du Paradis, « d’éviter d’opposer les religions alors qu’elles sont apparentées »… bien entendu, l’apparentement sera cette fois critique puisqu’il montrera comment les trois monothéismes ont, au nom de parti-pris religieux, toujours cherché à dominer les femmes. La couverture des cheveux, que l’on retrouve autant dans les textes sacrés de l’Islam, du judaïsme que du christianisme, en serait une excellente illustration. Et cet exemple aura une autre vertu : celle de raconter la libération progressive des femmes dans ces religions.
Car ce n’est pas uniquement sous le signe de la domination que ce thème doit se placer : il faut aussi montrer comment les femmes se sont libérées du joug masculin et quels sont les résultats de ces combats. Martine Ségalen proposait à ce sujet d’illustrer le « changement de la condition féminine au travers du rapport à son propre corps ».

Reste que circonscrire le thème à la domination de la femme par l’homme risquerait d’être réducteur. Le rapport Féminin/Masculin induit en effet bien d’autres possibilités de réflexion qu’il serait dommage d’évacuer. Telle était le sens de la mise en garde de Michel Coté lorsqu’il conseillait de « ne pas présenter la relation homme/femme uniquement à travers les femmes : il faut aussi réfléchir sur la condition de l’homme ». En conciliateur de la condition de tous les sexes, Dejan Dimitrijevic proposait de « montrer quelles sont les violences symboliques qui sont utilisées pour construire les hommes et les femmes ». La proposition est pertinente : elle permettrait de confronter les réactions des hommes et des femmes face à une même situation plutôt que de confronter systématiquement le féminin et le masculin.
C’est aussi dans cette volonté d’ouvrir le thème à d’autres aspects du rapport féminin/masculin qu’ont été évoqués les aspects du PACS, de la bisexualité, de la transsexualité, de l’homoparentalité ou encore, de la prostitution masculine et féminine. Ces sujets ne seront probablement pas les plus faciles à représenter muséographiquement, mais ils apparaissent essentiels pour ‘’décaler le regard’’, ‘’donner à réfléchir’’, ‘’provoquer l’attention aux évolutions contemporaines’’.