Projet F, Phot. MNATP,CEF,MCEM Hervé Jezequel, 2004

Pierre-Louis FALOCI

Architecte français établi à Paris. Diplômé en 1975.
Enseignant à l'école d'architecture de Paris-Belleville. Nombreuses publications et conférences.

Quelques réalisations :

Palais de justice d'Avesnes sur Helpe ; nouvelle mairie de Nice ;
centre européen du Résistant et des Déportés, Natzwiller – Struthof ; médiathèque, marché couvert et aménagement de la place du marché de Meudon-la-Forêt (92) ; chapelle Notre-Dame de la Sagesse, Paris 13eme ; centre archéologique européen Mont Beuvray, prix de l'Equerre d'argent en 1996.

_ Projet F _

L'équipe du concours
BET TCE + économiste :Technip TPS et BETEREM ingénierie (Marseille)

1. PREAMBULE
Le projet représente un fragment de l’étude de définition conçue par Yves Lion et son équipe. A l’intérieur de ce fragment, il nous est clairement demandé d’atteindre un triple objectif :
- Créer un musée des civilisations européennes en proue du môle J4,
- Redonner au Fort Saint-Jean une fonction publique ouverte aux Marseillais avec une forte liaison au musée par le sujet et le parcours,
- Proposer par l’ensemble de cette intervention une image forte, voire emblématique, pour la ville de Marseille et son nouveau quartier d’Euroméditerranée.
Dans l’un des textes de présentation la référence à Bilbao, Sydney ou le musée des Confluences à Lyon semble clairement exprimé. Appartenant à une catégorie d’architectes au geste plutôt retenu, nous nous tenons à préciser d’emblée que notre travail a porté avant tout sur deux points : une extrême attention au lieu, à la ville, et un regard très précis sur le programme proposé et son sujet. Marseille est une ville topographiquement et architecturalement très puissante. Les règles du jeu imposées (19 m et 25 % d’émergence) sont autant de contraintes qui incitent au calme, à la composition avec l’existant, avec les «paysages» proches ou lointains, au respect des silhouettes de la ville. Cette position n’enlève en rien la volonté de proposer un projet qui appartienne au XXIème siècle par son articulation architecture - paysage, par sa volumétrie, ses matériaux et sa mise en œuvre.

2. LE CONCEPT DU PASSAGE
Il est dit dans le texte de présentation dans les hypothèses de nom concernant le musée, la notion de passage avait été fortement évoquée. Pour nous ce concept est partout dans le projet : passage par le sujet même du musée, mais aussi passage de la ville au Fort, de la ville au musée, du Fort au Panier, par des passerelles, passage entre de très nombreux niveaux de référence (escaliers, couloirs, tunnel, ascenseurs, escalator), passage entre le hall du musée vers les expositions, entre les expositions…
3. L’IMPORTANCE DU PARCOURS
Le projet est conçu comme une gigantesque composition optique entre sujet et lieu . Dans cet ensemble que le musée forme avec le Fort, l’occasion nous est donnée de poursuivre un travail abordé depuis très longtemps, à savoir mettre en relation le sujet du musée avec son environnement optique. Conforté par le magnifique essai d’Hubert Damisch au titre prédestiné, pour un tel projet, La dénivelée, nous avons tenté de recomposer avec le sujet des séquences d’approche, des cadrages, des fragments de paysage ou d’architecture. Le projet appartient beaucoup plus à l’idée d’un dispositif optique qu’à celle d’une sculpture habitée. Chaque niveau, chaque pièce, chaque espace extérieur est quantifié techniquement et optiquement pour répondre à ce double langage sujet- optique. Ainsi le projet proposé ne peut être que là et nulle part ailleurs. Il ne peut être qu’à Marseille scellé dans son paysage et ses matières.

4. CHOIX FONCTIONNELS
Etant donné l’importance considérable de l’accueil nous avons chois de hisser l’entrée de 3 m par une immense rampe à 4%, de sorte que le visiteur découvre un premier passage qui est le hall, comprenant un grand comptoir d’accueil regroupant vestiaire, bagagerie, billetterie et une boutique en face. Au fond du hall, se trouve l’accueil des groupes. Le hall domine une séquence filtrée sur l’horizon marin. Puis le public découvre sur sa gauche un gigantesque espace qui domine en balcon le foyer forum en contrebas. Celui-ci comprend une cafétéria, le hall de l’auditorium, l’auditorium et les salles annexes. Cette coupe offre un cadrage sur l’eau et le Fort. Ainsi, le niveau de référence étant 3 m plus haut que l’esplanade, sont organisés en rez-de-chaussée des fonctions faciles d’accès par le hall principal (action culturelle) et facile d’accès par l’espace forum (centre de documentation).
Du hall on domine la cafétéria - forum, mais on devine en levant la tête un immense puit de lumière permettant de comprendre l’ensemble des espaces d’exposition. la grande exposition temporaire de 800 m² est au même niveau ainsi qu’une autre à droite. Il y a trois façons de monter : l’escalator, dans l’axe, à côté deux ascenseurs de verre, enfin un grand escalier central qui sera surtout utilisé pour redescendre. Le puits central contient sur l’une de ses faces une immense carte de l’Europe et de la Méditerranée qui cadre le sujet.
Le choix des emplacements des expositions temporaires et permanentes a été dicté par la coupe générale musée - Fort. Ainsi le hall principal abrite deux expositions temporaires, dont celle de 800 m². Six expositions permanentes sont regroupées sur un seul et même niveau du musée, la septième est située dans le Fort côté cour carrée, côté Marseille. L’étage du niveau de la passerelle comprend trois autres expositions temporaires, dont une prévue dans le bâtiment H. enfin au dernier niveau du musée se situe un salon de thé -restaurant belvédère qui peut aussi servir de cinéma en plein air.
En ce qui concerne le Fort les choix furent clairs. Tout d’abord une exposition permanente dès l’entrée sur un sujet peut-être plus spécifique au Fort. Puis un désossement du bâtiment DRASSM qui, tout en gardant sa structure, nous permet d’établir une liaison verticale avec escalier métallique et ascenseur en métal et verre qui règle l’accessibilité pompiers, les livraisons, l’accès handicapés. La maison du directeur est située sur cette salle d’exposition avec vue sur le port. les VIP sont installés dans le bâtiment des officiers. Une partie de l’action culturelle est détachée dans le cadre de la rénovation autour du moulin, créant un véritable village pédagogique pour enfants. Le bâtiment H devient une exposition temporaire avec une buvette en duplex dont un balcon en caillebotis au 1er étage donne avec une grande discrétion architecturale une vue exceptionnelle sur le port. un amphithéâtre extérieur est créé pour l’été, ainsi qu’un retraitement du sol pour l’espace public devant le bâtiment H et l’accès à la grande passerelle.

5. LE PASSAGE DES MATERIAUX
L’histoire du paysage architectural et topographique de Marseille est un véritable indice de modernité. L’acier noir ou rouge des bateaux, du transbordeur, des grues ; le bois foncé, gris vieux neuf ou usé ; la pierre et le béton dans tous leurs états : bombardés, éventrés, usés par le temps et la guerre ; l’arrivée d’une stratification contemporaine avec Euroméditerranée. Pour nous, pas la peine d’aller chercher ailleurs : les matériaux sont là, il suffit de les utiliser à la pointe de leur temps.
Le bâtiment présentera donc une articulation d’éléments en béton poly brillant en poudre de pierre, des éléments en double face microbillé d’acier rouge ou noir, des parties vitrées jamais directement au soleil, mais toujours avec un filtre détaché de l’un des trois matériaux cités. Les tonalité du musée vont s’irradier dans le Fort surtout pour l’acier microbillé rouge.
Ainsi les deux lieux vont fusionner dans un échange de matériaux pour ne faire qu’un seul et même sujet, qu’un seul et même bâtiment dans le paysage.
C’est peut-être aussi cela marquer son temps : pas forcément « faire le grand geste », mais plutôt celui de sublimer un lieu d’une manière plus modeste.

dernière mise à jour : 15-Sep-2004