
Andrea BRUNO
Architecte italien établi à Turin.
Diplômé en 1956
Chevalier de l'ordre national du Mérite.
Enseignant à la faculté d'architecture de Turin de 1976 à
1990 et à la faculté d'architecture de Milan depuis 1991, conférencier
depuis 1983 à l'ICCROM de Rome, directeur du centre d'études
pour la conservation du patrimoine architectural et urbain à l'université
de Louvain en Belgique, architecte-conseil de l'UNESCO depuis 1974. Nombreuses
publications.
Quelques réalisations :
Château de Rivoli, œuvre pour laquelle il a reçu de nombreux prix ; université bipolaire Nîmes Montpellier dans le fort Vauban, Nîmes ; Conservatoire national des Arts et Métiers, Paris ; musée de la Corse à Corte ; centre de conférences, château médiéval à Lichenberg ; projet pour la restauration et la mise en valeur de la zone archéologique, comprenant le cirque et l'amphithéâtre romain à Taragone ; aménagement de la zone archéologique et construction d'un petit musée sur le presqu'île de Maa (Chypre) ; Institut italo-irakien d'archéologie et de restauration à Bagdad ; restauration du mausolée d'Abdur-Razaq, devenu le musée de Gazni ; projet pour la sauvegarde du minaret de Jam pour le compte de l'UNESCO (Afghanistan) ; ambassade d'Italie à Kaboul.
_ Projet D _
L'équipe du concours
Architectes associés :
Sophie Jardin et Laurent Mathoulin (Marseille)
Ingénieurs structure + économiste :
Thales E&C
Ma première image du fort Saint-Jean est celle
d’une citadelle entourée d’eau, plantée dans un
décor de calanque, en contact direct avec la mer.
Cette image, je l’ai vue dans les pièces du concours.
Sur place je me suis trouvé prisonnier d’une banquise de sable
et le fort m’est apparu échoué, désemparé,
inutile, abandonné, vidé de son sens. Il ne lui restait plus
que la fierté de sa masse, enracinée sur la roche, forteresse
bâtie entre terre et mer.
A Marseille, la ville a gagné sur la mer ensablant son passé
dans le glacis figé et minéral des anciens docks alors que,
de l’autre côté de la Méditerranée, en Libye,
la mer a englouti la ville romaine de Leptis Magna, ne laissant émerger,
à fleur d’eau, que quelques colonnes des anciennes constructions.
Ce mouvement double, d’aller et de retour, est comme une grande respiration
du monde, dont la Méditerranée serait l’intermédiaire
et ce souffle devient l’occasion de réveiller le fort, de le
ramener à la réalité, à la vie.
Quelques pages plus loin, dans le programme, je vis que ce sentiment d’abandon
pouvait être partagé puisqu’à l’insidieuse
histoire du remblaiement du fort, le projet d’Yves Lion répondait
par un geste simple, mais évident, de création d’une darse
au pied des remparts. La remise à flot du fort était engagée…
Ce premier pas en appelait d’autres : il ne s’agissait plus seulement
de se réapproprier le fort Saint-Jean mais de restaurer la mer elle-même,
elle qui avait perdu son intimité avec la côte.
Au-delà de la réhabilitation d’un contact originel, se
jouait une autre aventure, vécue par les voyageurs entrant et sortant
du port, échangeant leurs modes de vie, leurs habitudes, leurs langues,
leurs savoirs, bref leurs cultures, avec les habitants de la ville, des régions
voisines et se dispersant bientôt dans toute l’Europe.
Leptis Magna engloutie sur l’autre rive de la mer, la banquise glacée
à l’extrême nord de l’Europe, le voyage, la mer,
tout ceci surgissait soudain devant moi au pied du fort, comme le kiosque
d’un sous-marin crevant la croûte du môle, apportant d’un
seul coup le lien entre les limbes de la mémoire des marins et l’histoire
d’un avant-poste d’un continent en perpétuelle construction.
Cette image, précise, renouait avec le site. Le premier “bâtiment”
qu’il fallait imaginer était la mer, seule capable de porter
cette force d’unité, de connivence, de cohérence entre
les éléments épars du programme.
Cette image d’une culture portée par la mer, par ses vaisseaux,
par le voyageur en quête d’inconnu, de nouveaux territoires, devait
prendre corps dans la place et la forme du bâtiment.
La culture est ce qu’il y a de plus précieux à toute civilisation.
C’est au plus profond d’elle même qu’elle repose et
c’est cette remontée des profondeurs qu’il fallait tenter
d’exprimer.
Cette émergence devant le fort Saint-Jean n’est pas une image
anecdotique, mais plutôt une icône, un symbole qui apporte le
témoignage d’une richesse immense, celle que l’on ne monnaye
pas, celle de la pensée et du savoir.
A la masse du fort, il fallait opposer un projet à sa mesure.
A l’importance du port, il fallait donner une entrée à
sa dimension.
A l’intimité du vieux port, il fallait offrir une protection
et remettre en eau la calanque d’origine.
L’essentiel du musée se trouvera donc concentré dans ce
monolithe surgissant de l’eau. C’est là que se trouveront
les espaces d’exposition, les lieux de communication et d’échange,
la vie intense du mouvement des hommes et des idées, qui ne peuvent
se développer que dans des espaces libres, généreux,
à la hauteur de l’ambition du projet.
Le fort lui-même, patrimoine oublié, attend son heure.
II faut agir avec prudence dans ces lieux, avancer doucement, partagé
entre le désir de ne toucher à rien tant certaines parties semblent
figées dans une statuaire éternelle, et la tentation de construire
ou de reconstruire ce qui manque et de prolonger les amorces de ce qui a été
jeté pêle-mêle au gré de besoins très immédiats,
militaires ou civils.
Ici, chaque espace a son histoire propre, qui doit être traitée
de manière indépendante, mais cohérente, avec son voisinage:
entre la tour du Roi René, en communication directe avec la ville et
la tour du fanal, les lieux se succèdent dans une variété
surprenante d’espaces, de points de vue, de végétations
et de constructions. Chaque partie est un sujet en soi et le choix des activités
qui vont s’y installer est au moins aussi important que leur restauration.
Entre le monde du musée moderne et le monde de l’ancienne citadelle,
une passerelle était demandée dans le programme. Ce lien entre
la culture et l’histoire, entre le monolithe du musée et le fort
ne pouvait rester un simple franchissement : il se joue comme un parcours
entre ciel et mer.
Cette passerelle n’est plus un moyen de passer des salles d’exposition
du musée au fort, mais elle devient une vraie promenade méditative
dans l’espace et le temps. Ce cheminement entre le moderne et l’ancien
nourrira l’imaginaire des visiteurs.
Le reste n’était plus alors que question de réglages,
très précis, très longs, car ils méritent d’accorder
de l’attention à chaque détail, à l’articulation
des espaces, à l’adéquation avec le programme.
Tout est venu très naturellement dès que les axes eurent été
trouvés, un peu décalés par rapport à la place
désignée au départ, mais respectueux des alignements
existants au cœur de la ville, entre le fort Saint-Jean et Notre-Dame
de la Garde.
C’est au fond un projet très simple qui vous est soumis; on pourrait
presque être tenté de dire que c’est la mer qui l’a
déposé sur le rivage de Marseille.
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| dernière mise à jour : 15-Sep-2004 | ||||||||||||||||||||||||||||||
| le projet > l'architecture et l'urbanisme > les participants | ||||||||||||||||||||||||||||||
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