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Amulettes de naissance de diverses communautés,MNATP, Paris, acquisition 2003, Phot Nils Aragon
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Des identités mêlées

Cette remarque de Théophile Gautier en 1845 vaut encore aujourd’hui tant pour l’architecture que pour la complexité sociale. Ainsi cohabitent dans un Alger en chantier des populations aux identités les plus bigarrées, dont la cruauté de l’histoire accentue les traits spécifiques. Eva, juive ashkénaze, épouse un médecin juif séfarade, quitte son Allemagne natale et vient s’installer avec lui à Alger. Elle est française par le décret Crémieux. Surviennent la guerre, l’abrogation du décret Crémieux et l’interdiction pour les juifs de pratiquer la médecine, puis le décès de son époux. Qui est-elle ? Elle n’est plus allemande ni française. Elle est perçue comme colon mais rejetée par la colonie, rejetée également des musulmans et des chrétiens, indésirable chez les séfarades en tant qu’ashkénaze. C’est dans la clandestinité qu’elle exerce l’activité de sage-femme. Elle met au monde des enfants nus, trésors communs de l’humanité, en mettant un point d’honneur à ne pas souiller le drap sous lequel souffrent les femmes auprès desquelles elle pratique « à l’aveugle ». À peine l’a-t-on chassée, son merveilleux office accompli,
que le sang du coq égorgé rougit la blancheur du drap, signant l’entrée de l’enfant dans ce qui sera, définitivement, son altérité identitaire.