


Des identités mêlées Cette remarque de Théophile Gautier en 1845 vaut encore aujourd’hui
tant pour l’architecture que pour la complexité sociale.
Ainsi cohabitent dans un Alger en chantier des populations aux identités
les plus bigarrées, dont la cruauté de l’histoire
accentue les traits spécifiques. Eva, juive ashkénaze,
épouse un médecin juif séfarade, quitte son Allemagne
natale et vient s’installer avec lui à Alger. Elle est
française par le décret Crémieux. Surviennent la
guerre, l’abrogation du décret Crémieux et l’interdiction
pour les juifs de pratiquer la médecine, puis le décès
de son époux. Qui est-elle ? Elle n’est plus allemande
ni française. Elle est perçue comme colon mais rejetée
par la colonie, rejetée également des musulmans et des
chrétiens, indésirable chez les séfarades en tant
qu’ashkénaze. C’est dans la clandestinité
qu’elle exerce l’activité de sage-femme. Elle met
au monde des enfants nus, trésors communs de l’humanité,
en mettant un point d’honneur à ne pas souiller le drap
sous lequel souffrent les femmes auprès desquelles elle pratique
« à l’aveugle ». À peine l’a-t-on
chassée, son merveilleux office accompli, |