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Les trois horloges à Bab el Oued, 1983, Phot. Jean-Pierre Stora Horloge du Café turc à Marseille, Franche-Comté, vers 1840-1850 - Musée du Vieux-Marseille, Phot. Nils Aragon

Architecture en miroir

Le 11 juillet 1830, l’administration décrète que chaque habitant doit éclairer à ses frais la façade de sa maison. Un fonctionnaire du régime d’occupation est chargé de baptiser les rues d’Alger et de numéroter les portes des maisons. L’ingénieur Filhon reprend pour les rues d’Alger les noms des vaisseaux de guerre de l’expédition française qui « en raison de leur caractère historique méritent d’être conservés » : « Aigle, Antilope, Bélier, Centaure, Cheval, Cygne, Lézard, Lion, Scorpion, Taureau, Girafe, Condor… ». Ainsi Alger « la Guerrière », « l’Indomptable », « la Bien gardée », « la Sultane », devient-elle « la ville des bêtes ». Ce triste surnom apparaît dans les chroniques coloniales après 1830 (Villes d’Algérie au xixe siècle, 1984).Trois modèles servent à l’édification d’Alger colonisée : Rome, Paris, puis New-York à partir de 1930. Alger prend sa place de capitale et s’apparente alors plus à Paris qu’à Marseille. Cependant, le développement d’Alger et de Marseille, lié à l’histoire coloniale du Second Empire, comporte de nombreuses ressemblances.
Alger change radicalement d’aspect pendant la colonisation. Des quartiers anciens sont rasés au mépris du patrimoine qu’ils représentent : destruction de la basse Casbah, suppression des souks Al Maguaissi, Es Sabaghin, El Kebir, de la mosquée Es Sayda, des fondations pieuses « wakf »… pour percer des voies nouvelles, des places grandioses à l’instar de ce qui se produit sur la rive nord, on aménage le port en l’isolant de la ville, on bâtit Notre-Dame d’Afrique alors que les plâtres de la « Bonne Mère » suintent encore. Les boulevards de l’Impératrice, à Alger comme à Marseille, se parent du style haussmannien ; les jardins d’essai se répondent… Alger, terre neuve aux yeux des Français, devient le lieu de l’expérimentation architecturale.