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Les Clés de la Casbah d'Alger - Alger, 18e s., MNATPPhot. Nils Aragon Le sabre du Dey d'Alger, 18e s., MNATP, Phot. Danièle Adam Les étriers du Dey d'Alger, MNATP, Phot. Danièle Adam La selle du Dey d'Alger, 18e s. MNATP, Phot. Danièle Adam Affiche de la Compagnie de navigation mixte- anonyme d'après ektachrome de J. Saugeronn imp. Bolar Pté, Bar le Duc, Paris ETO 67.22, circum 1960, Musée d'Histoire de Marseille

De la prise d'Alger
au retour
à Marseille

La colonisation va de pair avec une prise de possession culturelle de la ville d’Alger et l’effacement des repères antérieurs. Hamdam Khodja publie en 1833 un réquisitoire : « M. Le Général Clauzel a ordonné la démolition d’un bazar nommé El-Kassarié dans lequel on vendait les livres qui sont les instruments de la civilisation et qui servent [les] lumières à l’homme intellectuel. C’était dans ce bazar que se trouvaient les copistes car, en Afrique, il n’existe pas d’imprimerie. »
Des Français aussi s’insurgent contre ces actes de violence commis contre la civilisation arabe. Notamment les Saint-Simoniens dont Thomas-Ismaïl Urbain : « mais, après tout, si nous accusons les Arabes d’insensibilité et de barbarie parce que leurs émotions n’obéissent pas aux mêmes lois que les nôtres, ne seraient-ils pas en droit de nous adresser les mêmes reproches ? Que devaient-ils penser de nous lorsque nous détruisions aveuglément les monuments qui faisaient depuis longtemps leur admiration ; lorsque nous ravagions sans pitié leurs plus riantes campagnes pour le seul plaisir de planter et de bâtir selon les habitudes européennes ?
Ne pouvaient-ils pas nous accuser de présomption et de folie, lorsque nous venions, sur une terre nouvelle pour nous, régenter les usages d’une nation qui n’étaient que les résultats d’une longue expérience ? La civilisation n’a-t-elle pas trop souvent été pour beaucoup le masque de l’égoïsme et de l’avidité ? Au sentiment d’étonnement que cette confiance
en nous-même avait excité d’abord chez les Arabes, a bientôt succédé la déconsidération. » Le Temps – 21 juin 1837 Variétés. Civilisation Franco-algérienne

Thomas Urbain est un métis, fils d’un commerçant marseillais et d’une mulâtresse. Journaliste, diplomate, homme politique, un temps proche du Duc d’Aumale, c’est un Saint-Simonien convaincu. Passionné par la culture arabe, il parle la langue, se convertit à l’Islam et devient Ismaïl Urbain. Il attaque violemment les excès de la colonisation et publie, en 1860, l’Algérie aux Algériens. Il meurt à Alger, désespéré, en 1884.