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Malgré la déchristianisation, l'omniprésence
du sapin de Noël nordique et du père Noël américain,
les Européens continuent à faire la crèche
à la période de Noël. On assiste même depuis
une vingtaine d'années à un renouveau de cette pratique
non seulement dans les familles mais au sein de multiples associations
ou dans les espaces publics. Comment fait-on la crèche aujourd'hui,
à l'ère du plastique et de la mondialisation, mais
aussi du repli vers les valeurs traditionnelles, familiales et régionalistes
? A partir de six terrains d'enquête définis : Naples
et la Campanie, la Catalogne, le Portugal, la Provence, la Petite
Pologne et la République tchèque, nous avons tenté
de décrire les différentes manifestations de ce rituel
et d'en comprendre la signification.
A travers l'Europe, les visages de la crèche sont multiples.
A côté des crèches "populaires" familiales
se sont développées dans les associations de créchistes
ou les concours des formes plus "savantes" : dioramas
des pessebristes catalans ; Nativités de style XVIIIe des
presepistes napolitains ; crèches en forme de monuments de
Cracovie ; nous avons donc rencontré familles et associations,
suivi les concours de crèches qui se multiplient dans tous
les pays catholiques, assisté aux crèches vivantes
et aux spectacles de Noël (pastorales ou théâtres
de marionnettes) qui s'inspirent de l'histoire biblique ou de l'iconographie
de la crèche, sans négliger les crèches d'artistes,
les crèches publiques qui sont dressées sur les places
ou dans les gares, les crèches d'église en plein renouveau.
Les acquisitions reflètent cette variété :
pour ne prendre que l'exemple polonais, nous avons pu acquérir
les objets utilisés dans les familles (pain azyme portant
une figuration de la Nativité, berceau de l'Enfant Jésus
que l'on pose sur la table du dîner, petites Nativité
en bois peint que l'on place sous l'arbre), mais aussi quelques
beaux exemples des crèches de concours de Cracovie, une crèche
de marionnette, une crèche de quête utilisée
par les enfants qui vont de maison en maison chanter des noëls.
D'une manière générale, les acquisitions se
heurtent à une difficulté : dans la plupart des cas,
une crèche ne se réduit pas à un assemblage
de figurines dans un décor. C'est une construction temporaire,
que l'on monte et que l'on démonte chaque année, en
la modifiant, avec des éléments permanents et d'autres
qui diffèrent et des parties éphémères
(éléments de décor, végétaux)
que l'on jette. Un certain nombre de films réalisés
en République tchèque, au Portugal et à Naples
tentent de rendre compte de l'ensemble du phénomène.
Les acquisitions sont obligatoirement plus limitées. Elles
illustrent en premier lieu le renouveau actuel des artisanat "créchistes"
à travers des éléments de décors et
des ensembles de figurines très caractéristiques de
ce que l'on utilise actuellement dans les familles : crèches
imprimées à découper ou figurines en bois en
République tchèque, statuettes en terre cuite et décor
en liège en Italie, Provence et dans la péninsule
Ibérique, résine ou plastique made in China un peu
partout. Ces objets témoignent de spécificités
locales, de permanences, mais aussi d'échanges entre les
régions et d'évolutions. Certaines tendances sont
sensibles partout : la résurgence plus ou moins consciente
de rituels de l'hiver plus anciens ; l'évolution du sentiment
et de l'iconographie religieuse, par exemple à travers la
représentation de la sainte famille ; la mise en scène
nostalgique de rites de la période de Noël (messe de
minuit, repas familial, quêteurs de Noël, etc.) ; la
représentation de plus en plus fréquente d'un paysage,
d'un village ou d'un quartier précis et de sa population
; etc. A travers la crèche on peut appréhender comment
une société se met en scène, ce qui donne parfois
des résultats inattendus.
En 2005, la campagne d'acquisition est étendue au Portugal,
à la Sicile, à l'île de Malte et, dans la mesure
du possible, aux chrétiens de la rive droite de la Méditerranée.
Responsable : Marie-Pascale Mallé, conservateur en chef
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